Victory Motorcycles : 10 choses à savoir sur la marque américaine moderne oubliée
En 1998, Polaris Industries a fait quelque chose que personne n’avait fait de mémoire récente : lancer une marque de moto américaine entièrement nouvelle, partie d’une feuille blanche. Victory Motorcycles n’était pas un nom vintage qu’on ressuscitait. Ce n’était pas un clone de Harley-Davidson. C’était un vrai constructeur américain bâti avec des usines de l’Iowa, de l’ingénierie du Minnesota, un V-twin clean-sheet, et 18 ans d’investissement réel derrière. Puis en janvier 2017, Polaris l’a tuée. Environ 60 000 motos, trois générations de moteur, deux victoires de catégorie à Pikes Peak et une collaboration avec la famille Ness plus tard, Victory n’existait plus. Voici 10 choses à savoir sur la première nouvelle marque de moto américaine depuis des décennies et sur la fin malheureuse qui a suivi.
En bref
- Lancée par Polaris en 1998 comme la première nouvelle marque de moto américaine depuis des décennies, basée à Spirit Lake, Iowa.
- 18 ans de production articulés autour de la famille moteur Freedom V-twin (92ci, 100ci, puis 106ci SOHC 50 degrés), de la touring Vision clivante, et de la gamme Cross Country bagger très vendeuse.
- Fermée le 9 janvier 2017 quand Polaris a choisi de se concentrer sur Indian Motorcycle, racheté en 2011. L’héritage technique de Victory a été absorbé dans la gamme Indian.
L’histoire Victory, c’est essentiellement l’histoire Buell rejouée chez Polaris : un constructeur tué par sa propre maison-mère. Mais Victory a eu 18 ans et environ 60 000 motos avant la fin. Voici 10 choses à savoir.
1. Lancée en 1998 par Polaris Industries à Spirit Lake, Iowa - la première nouvelle marque de moto américaine depuis des décennies
Polaris Industries, le constructeur basé dans le Minnesota de motoneiges et de quads, a décidé au milieu des années 1990 que le marché cruiser américain en plein boom méritait de la concurrence. Le résultat : Victory Motorcycles, dont le siège est à Spirit Lake, Iowa, la première nouvelle marque de moto américaine à se lancer depuis des décennies. Le premier modèle, la V92C, a été annoncé en 1997 et est entré en production le 4 juillet 1998 comme moto modèle 1999. La mission de Victory dès le premier jour était d’aller chercher Harley-Davidson sur son propre terrain avec un design clean-sheet, une ingénierie moderne et une vraie puissance industrielle du Midwest derrière.
Source : Wikipedia - Victory Motorcycles
2. La V92C (1998), la première cruiser Victory
Dévoilée au Mall of America par Al Unser Jr. en 1997 et entrée en production le jour de l’Independence Day 1998, la V92C est la moto qui a annoncé l’arrivée de Victory. Le « 92 » désignait des pouces cubes : 1 510 cm³, ce qui en faisait le deuxième plus gros moteur moto de série à l’époque et a contribué à lancer la course aux gros cubes V-twin de la fin des années 1990. Presque tous les composants, à l’exception des freins Brembo italiens et du système d’injection britannique, étaient fabriqués dans le Minnesota et l’Iowa. La V92C marquait le début de la famille moteur Freedom V-twin qui équiperait toutes les Victory pendant 18 ans.
Source : National Motorcycle Museum - 1999 Victory V92C
3. Le Freedom V-twin : 92, 100, puis 106 pouces cubes sur 18 ans
La V92C d’origine montait un V-twin 92 ci (1 507 cm³) à culbuteurs OHV, sans arbre d’équilibrage. En 2006, Victory l’avait porté à 100 pouces cubes (1 634 cm³), avait ajouté l’injection électronique, et avait revu la culasse en simple arbre à cames en tête. En 2008, le moteur a encore grandi à 106 pouces cubes (1 731 cm³), d’abord dans la Vision touring, puis dans toute la gamme. Au final, le Freedom 106 était un V-twin air-cooled SOHC à 4 soupapes par cylindre, 50 degrés, avec arbre d’équilibrage pour la douceur. Trois générations d’une seule famille moteur ont propulsé quasi-toutes les Victory jamais vendues.
Source : VOG Forum - Inside Victory Freedom Motor
4. La Vision (2008), la touring futuriste clivante de Victory
Après cinq ans de développement annoncés en 2004, Victory a dévoilé la Vision 2008 : une touring dont le style puisait à la fois dans les streamliners art déco des années 1930 (pensez à la 1934 Chrysler Airflow) et dans le pari Victory que les tourists routiers voulaient quelque chose de vraiment moderne. La Vision utilisait un cadre principal creux en aluminium coulé qui suspendait le Freedom V-twin comme élément porteur et servait aussi de boîte à air. Le châssis pesait 25% de moins que la Kingpin Tour qu’elle remplaçait. Le style se rangeait dans l’« on adore ou on déteste ». L’ingénierie était de premier ordre. Les caractéristiques de la Victory Vision Tour 2009 sont sur Goutchen.
Source : Rider Magazine - Essai 2008 Victory Vision
5. Cross Country et Cross Roads (2010) - Victory frappe fort sur le marché touring
Pour 2010, Victory a introduit deux nouvelles plateformes touring qui ont enfin donné à la marque ses vraies motos de volume. La Cross Country était une hard-bagger à carénage fixe, visant directement la Road Glide de Harley. La Cross Roads était une touring plus traditionnelle à carénage de fourche. Toutes deux montaient le Freedom 106 et partageaient l’architecture de châssis. Ajoutez la Cross Country Tour comme vaisseau-amiral avec top-case et Victory disposait enfin d’une gamme touring complète, capable de rivaliser sur le confort longue distance. Voyez les fiches Goutchen pour la Cross Country Tour 2011, la Cross Roads Deluxe Classic 2011, et la Crossroads Hard Ball 2012.
Source : Wikipedia - Historique des modèles Victory
6. Les collaborations avec la famille Ness : Arlen, Cory et Zach
Victory a travaillé étroitement avec la famille Ness de préparateurs customs : le patriarche Arlen Ness, son fils Cory Ness, et son petit-fils Zach Ness. Ensemble, ils ont produit une série de variantes signature qui ont donné à Victory une vraie crédibilité dans la scène custom. La Arlen Ness Vision, la Cory Ness Cross Country et la Zach Ness Vegas étaient des éditions spéciales en tirage limité, portant trois générations d’ADN custom. Peu de marques moto grand public ont jamais obtenu un tel niveau de collaboration formelle avec la scène custom américaine. Les Victory signées Ness sont de plus en plus collectionnées aujourd’hui.
Source : Hot Bike Magazine - 2008 Victory Vision Arlen Ness
7. Polaris rachète Indian Motorcycle en 2011 - le conflit d’intérêts qui tuera Victory
En avril 2011, Polaris a racheté Indian Motorcycle, la marque historique américaine en sommeil depuis 1953, après une longue série de tentatives de relance ratées. Pendant quelques années, Polaris a fait coexister les deux : Victory comme cruiser américaine d’ingénierie moderne, Indian comme vaisseau-amiral patrimonial. Mais le calcul d’entreprise était simple. Indian avait plus d’un siècle d’histoire, un nom célèbre, et une dynamique de croissance. Victory avait sa propre architecture et son propre réseau, mais aucune histoire comparable à celle d’Indian. La graine de la fermeture éventuelle a été plantée au moment du rachat d’Indian.
Source : RevZilla - Polaris ferme la marque Victory
8. Project 156 et la campagne Pikes Peak 2016
Dans un sursaut tardif de performance, Victory a engagé Project 156 au Pikes Peak International Hill Climb 2015 : une moto de course construite par Roland Sands et propulsée par un prototype de V-twin liquide DOHC de 1 200 cm³ qui préfigurait le moteur de l’Octane de série. Pour 2016, Victory a fait courir à la fois Project 156 (essence, piloté par Jeremy Toye) et l’Empulse RR électrique (Don Canet, de Cycle World) à Pikes Peak, terminant deuxième et troisième au général et gagnant dans leurs catégories respectives. L’Empulse RR avait aussi décroché un podium à l’Isle of Man TT Zero. Victory était la seule marque au PPIHC 2016 à courir à la fois en thermique et en électrique.
Source : Hot Bike Magazine - Victory Wins Twice at Pikes Peak
9. L’Octane (2016), le dernier nouveau modèle Victory
La version route du moteur de Project 156 est apparue comme l’Octane 2016 de Victory : un V-twin liquide DOHC à 60 degrés de 1 179 cm³, power cruiser développant 104 ch, partageant sa plateforme avec l’Indian Scout contemporaine. Architecture moteur partagée, plateforme châssis partagée, réseau de concessionnaires à moitié partagé : l’Octane rendait la stratégie deux marques de Polaris économiquement intenable. Elle s’est révélée être le dernier nouveau modèle Victory. Moins d’un an après la mise en vente de l’Octane, la marque entrait en cessation.
Source : Wikipedia - Victory Motorcycles (section Octane)
10. 9 janvier 2017 - Polaris ferme Victory après 18 ans
Le 9 janvier 2017, Polaris a annoncé qu’il « commencerait immédiatement à mettre fin aux opérations » de Victory Motorcycles. Raisons officielles citées : Victory n’avait été bénéficiaire que dans deux des cinq années précédentes, représentait seulement 3% du chiffre d’affaires 2015 de Polaris, et les concessionnaires écoulaient en moyenne environ 20 motos par an. Les nouveaux investissements nécessaires pour lancer des plateformes Victory mondiales ne tenaient pas la comparaison avec le potentiel Indian. Environ 60 000 propriétaires Victory se sont retrouvés avec des motos dont le constructeur venait de fermer. Polaris s’est engagé à honorer les garanties et fournir des pièces pendant au moins dix ans, mais l’équipe d’ingénierie Victory et sa propriété intellectuelle ont été absorbées dans Indian. La première nouvelle marque de moto américaine depuis des décennies n’était plus.
Source : Motorcycle.com - Polaris ferme Victory Motorcycles
Alors qu’était Victory ?
Victory, c’était 18 ans de vraie ambition d’ingénierie. Polaris a bâti la marque depuis une feuille blanche, lui a donné l’échelle industrielle de l’Iowa, l’a partenarié avec la famille Ness, l’a engagée à Pikes Peak et à l’Isle of Man, et a finalement produit environ 60 000 motos qui, selon la plupart des avis, sont aussi solides mécaniquement que n’importe quelle moto sortie de Milwaukee ou du Minnesota. L’erreur n’était ni dans l’ingénierie ni dans l’industrie. L’erreur a été de racheter Indian.
Une fois Polaris en possession d’Indian, le destin de Victory était scellé. Indian avait 120 ans d’histoire ; Victory en avait 18. Indian avait un nom que les gens connaissaient ; Victory avait un nom qu’on respectait sans l’aimer. Polaris est une entreprise cotée dont les calculs sont faciles à comprendre : concentrer tout sur une seule marque dotée à la fois d’histoire et d’élan, plutôt que de diviser les ressources entre deux.
Si vous possédez une Victory aujourd’hui, la moto est toujours bonne. Les pièces restent disponibles, les garanties sont honorées, et le moteur Freedom 106 a la réputation d’être l’un des V-twin américains de grosse cylindrée les plus sur-construits jamais produits. Une Cross Country, une Cross Roads ou une Magnum d’occasion s’achète à prix raisonnable et roulera longtemps avec un entretien normal.
L’histoire Victory est essentiellement l’histoire Buell rejouée chez Polaris : un constructeur tué par sa maison-mère. Les ingénieurs Buell ont fini chez Erik Buell Racing puis chez la Buell relancée en 2022. Le travail de l’équipe Victory continue chez Indian. Les motifs sont frappants, et ils suggèrent que d’être le petit frère d’une grande marque de moto américaine est, historiquement, une position dangereuse.
Liens Goutchen utiles :
- Fiche technique Victory Cross Country Tour 2011
- Fiche technique Victory Vision Tour 2009
- Lié : Buell : 10 choses à savoir sur la marque de moto américaine la plus sous-estimée - le même scénario de fermeture par la maison-mère
- Lié : Indian Motorcycle : 10 choses à savoir sur la plus ancienne marque de moto américaine - la marque qui a remplacé Victory chez Polaris



